8. Des recherches en France

Plusieurs généalogistes se rendent en France pour y effectuer des recherches. Dans certains cas, c'est inutile car d'autres ont recherché auparavant sans trouver, surtout les familles avec un grand nombre de descendants par les hommes; parfois, les registres sont sur microfilms et ce sont les mêmes microfilms disponibles dans un centre d'histoire familiale des Mormons (à Montréal et Québec, par exemple). Mais, visiter le pays de l'ancêtre est aussi une occasion de fouler le sol de ses aïeux et plusieurs d'entre nous visitons la France chaque année.

Coup d'oeil sur les archives françaises

Alors que le Québec s'enorgueillit d'avoir sans doute les archives les mieux conservées, grâce à une tenue des registres presque à partir des débuts de la colonisation européenne et à l'absence de guerres, la France a une situation moins rose.  D'un côté, les registres sont disparus dans plusieurs villes à cause des guerres ou des révolutions.  De l'autre, alors qu'au Québec l'on trouve moins de 800 000 actes pour la période avant 1800 (donc 1/9 de la population moderne), en France, on peut évaluer qu'il y a 100 millions d'actes avant 1700, peut-être autour de 200 ou 300 millions en 1700-1800, soit 5 ou 6 fois la population moderne, ce qui demande proportionnellement un budget 50 fois plus élevé.  De plus, la généalogie s'est rapprochée du peuple depuis seulement une vingtaine d'années, avec les efforts de vulgarisateurs comme Jean-Louis Beaucarnot.  En parallèle, le Minitel a à la fois permis un développement commercial de bases de données disponibles à l'ensemble de la France, tout en privant la même France des répertoires qui sont si communs chez nous.

La situation a toutefois tendance à s'améliorer et Internet y est pour quelque chose.  Ainsi, on voit apparaître des dépouillements de communes dans le Web, l'entraide est devenue quotidienne et les généanautes forment maintenant une masse critique prévisageant une mise en commun de nouvelles ressources, pourvu que l'on apprenne à ne pas vouloir sauver le monde et à se concentrer sur la France.  Dans les centres d'archives, on assiste maintenant à de nouveaux développements positifs: certains centres préparent l'accès à leurs registres via des associations locales avec de nouvelles heures d'ouverture; ailleurs, on voit des associations aider à conserver les vieux registres en déposant leurs dépouillements aux AD.

Organisation des archives françaises d'état civil

Voici un tableau de l'organisation des archives françaises.

Il n'y a pas de centre nationale couvrant toute la France.  L'état civil (les naissances, mariages et décès) est disponible en deux copies:

Apparaissant autour de 1500, se généralisant vers 1700, les registres paroissiaux (RP) contenaient d'abord une partie de l'informations suffisante pour dresser un arbre: les mariés sans le nom des parents, par exemple.  Par la suite, les registres sont plus complets et mieux tenus.  Cette première copie se retrouve à la mairie (suite à la Révolution française) aux Archives communales (AC) ou municipales (AM).

À partir de 1668, les registres doivent être tenus en double, mais ce n'est qu'en 1737 qu'une amende est donnée si le double n'est pas versé au centre régional.  Ce double est la 2e copie (celle du bailliage) versée aux Archives départementales (AD).  Dans le cas des petites communes, ce sont les AC au complet qui ont été versées aux AD.  Dans certains cas, ce versement s'est fait sous la forme de microfilms.  Il s'en suit donc que les registres les plus anciens peuvent ne se trouver que dans les communes, ou encore être à la fois dans les AC et les AD, et même seulement les AD.  En général, le papier coûtait cher et beaucoup de curés avaient des trucs pour réduire cette dépense, comme écrire le plus petit possible et sans ponctuation ou séparation; mais ils semblent avoir fait un meilleur travail pour les archives qui demeuraient chez eux à l'époque, donc la copie des AC.

À partir de 1792, les registres devenus AC et AD ont été transférés aux mairies et dans des centres départementaux.  Les églises ont toutefois continuer à tenir des registres (mais au début de la révolution, de nombreux religieux ont été massacrés).  Si votre ancêtre est arrivé tardivement, vous pourrez consulter les tables décennales aux AD (un index des actes de la commune) ainsi que les registres religieux.

Si vous vous rendez en France, vous irez probablement aux AD dans une première démarche, puis aux AC ou AM si vous n'avez rien trouvé.  Parfois, on trouvera des tables d'index dans ces registres, parfois même des relevés informatisés imprimés.  Dans certaines associations, avec un contact local, on vous laissera même consulter directement l'ordinateur si vous ne voyez rien dans la commune supposée.
 
 
Tableau récapitulatif
Années Contenu AC (communes de plus de 2000 personnes) AD
Avant 1668 Actes religieux (baptêmes, mariages, sépultures) Actes originaux Actes originaux des petites villes, copie sur microfilm si disponible
1668-1737 Actes religieux (baptêmes, mariages, sépultures) Actes originaux Comme ci-haut et parfois, 2e copie des actes
1737-1792 Actes religieux (baptêmes, mariages, sépultures) Actes originaux Comme ci-haut et 2e copie des actes
Depuis 1792 État civil (naissances, mariages, décès) Actes originaux, tables décennales Comme ci-haut, tables décennales

Note: en autant que les actes existent.

Les archives notariales et autres

Lors de la constitution de l'état civil en 1792, on a suivi le découpement des nouveaux départements pour y classer les registres d'état civil.  Mais, les archives notariales n'ont pas suivi le même chemin.  Elles sont plutôt classées en fonction de la juridiction ou du diocèse civil (et non religieux), ce genre de région pouvant aussi porter d'autres noms (baillliage, généralité, parlement, etc.).

Les archives notariales étant classées différemment, il arrive qu'elles se retrouvent dans un autre département que celui où est la commune recherchée.  Ce détail, mineur à première vue, devient important quand vous décidez d'explorer les registres des notaires parce que l'état civil ne contient pas ce que vous cherchez.  On comprendra alors l'importance de la juridiction qui est mentionnée dans la série Paroisses et communes de France du CNRS, et dans Nos Origines en France.  Il s'agit d'une indication des AD où il faudra rechercher les notaires et d'autres archives.

Les archives militaires sont classées en fonction de l'armée.  Ainsi, on trouve les archives de l'armée de terre à Versailles, au SHAT ou Service historique de l'armée de terre (il y a aussi une section sur la marine dans la même ville).  Les archives de la marine sont surtout à Toulon, alors que celles des colonies (ou outremer) sont à Aix-en-Provence.  Les dossiers sur les officiers peuvent aussi se retrouver au CARAN à Paris.

Les listes de passagers de bateaux sont rarissimes pour l'époque qui nous intéresse le plus (avant 1700).  Mais si vous en avez l'opportunité, vous pourriez jeter un coup d'oeil dans les principaux ports, comme La Rochelle et Bordeaux.  Dans le 2e cas, la liste des passagers en partance de Bordeaux a été publiée et vous pourriez alors avoir de nouveaux détails, en général plutôt minces, sur vos ancêtres.

Consultation des archives

Le meilleur guide semble être le Guide des recherches sur l'histoire des familles, par Gildas Bernard, disponible à plusieurs endroits à Montréal.

Les Archives Départementales (A.D.) détiennent en dépôt les Archives concernant un département seulement. Il y a un certain nombre de livres de référence, parfois un classeur avec un index local, parfois des dépouillements effectués dans le département. Les documents sont classés de la même façon pour tous les dépôts et il y a un catalogue indiquant le contenu de chaque série. En général, il faut remplir une fiche pour obtenir un document et ces derniers, y compris les dépouillements et certains livres, sont distribués au client selon un horaire fixe (par exemple, à l'heure plus 15 et 45 minutes). Chaque centre est différent.  Il est toujours important de vérifier les heures d'ouverture et les périodes de congé (on peut fermer un centre durant 2 semaines en été, parfois plus à cause de travaux).  De plus, dans certains cas, il est essentiel de réserver les visionneuses de microfilm.  Par exemple, en mai 1999 à Strasbourg, tout était réservé une semaine à l'avance alors qu'à Clermont-Ferrand, presqu'aucun registre n'était microfilmé.  Et dans tous les centres, il faut s'inscrire si on veut entrer, donc il faut se promener avec son passeport en permanence.

On trouve par ailleurs un certain nombre de guides des A.D. pour certains départements; ils se trouvent, dispersés au hasard, dans différentes bibliothèques de Montréal. Voici quelques séries d'intérêt.

Série B: Justice avant 1790 et parlements (exemples: successions, recensements)

Série C: Administration provinciale (exemple: rôles d'imposition)

Série E: Famille, État civil, Notaires (certains inventaires existent).  On trouve parfois dans la série 3E l'état civil des AD et dans 6E celui des AC disponibles aux AD.

Séries F, J: Archives diverses, dont dépouillements et châteaux (séries peu explorées, voir les papiers terriers).  On trouve parfois dans 6J des relevés ou dépouillements d'état civil.

À Paris, il y a aussi un certain nombre de ressources intéressantes. Le CARAN (Archives Nationales, 3 rue des 4 Fils, 75003) couvre l'ensemble de la France (1 journée gratuite, cotisation demandée par la suite). La Bibliothèque Nationale de France contient un grand nombre de documents généalogiques indexés en partie dans Saffroy ou Arnaud (il est requis d'avoir publié pour y avoir accès). La bibliothèque de Beaubourg (file d'attente et déplacement temporaire, en 1998-2000, dans l'ancien supermarché ASECO, quartier de l'horloge). La Bibliothèque généalogique (3 rue de Turbigo, 75001) est un centre privé et demande des frais de 10$ par journée si on veut consulter des documents, mais le catalogue informatisé est en soi à accès libre. Il y a d'autres centres d'archives spécialisés (Colonies, Invalides, Marine, etc., et parfois ces centres sont aux A.D. en province).

Les Archives Communales (A.C.) détiennent en dépôt les Archives d'une commune donnée. Beaucoup de communes ont transféré tout l'état civil ancien vers les A.D. Celles qui ont encore cet état civil ont des heures d'ouverture très variables. Pour les petites communes, c'est une demi-journée par semaine et il faut donc écrire à la commune avant de s'y rendre (précisez que vous irez sur place et quels ancêtres vous intéressent, car on pourra parfois vous indiquer une personne ressource dans la région, comme cela est arrivé à l'auteur qui a eu droit à une visite guidée; indiquez aussi votre intention de séjourner dans la région, sinon vous n'aurez sans doute pas de réponse).

Informez-vous de l'existence des associations locales de généalogie et des heures d'ouverture de leurs bibliothèques. Plusieurs ont un grand nombre de dépouillements qui faciliteront vos recherches. Dans certains cas, on se fera même un plaisir d'aider un cousin d'outremer venu les visiter. Notre accent est d'ailleurs notre meilleure carte de visite.

En général, les A.C. sont plus anciennes que les A.D. et comme les touristes vont aller davantage dans les gros centres (A.D.), dans de nombreux cas, des découvertes d'actes se font simplement parce qu'on a recherché dans les A.C. Ainsi, la généalogie des Vernier de Claix (38), qui paraît dans le tome 2 du DGO, a été développée sur plusieurs générations en quelques heures seulement.

Si vous êtes dans une province devenue française après 1600, il se peut que la langue des registres et même l'écriture soit autre chose que le français. Par exemple, en Alsace, on trouve des registres en alsacien (un dialecte allemand) et en latin écrits en caractères gothiques.  L'obligation du 2e registre peut ne débuter qu'avec la période française.  Ainsi, dans certaines régions de la Lorraine, les AD débutent en 1765 au lieu de 1737 et les AC ont disparu.

Une journée aux Archives

Lors de votre arrivée, vous devez vous inscrire, donc remplir une fiche et fournir une preuve d'identité (passeport ou permis de conduire avec photo).  On vous remettra aussi le réglement.  Vous devrez laisser vos objets personnels, y compris vos sacs, dans un casier.  Il y a presque toujours un sac en plastique pour y placer ce que vous amenerez en salle.

Présentez-vous au président de salle et expliquez ce que vous voulez en quelques mots.  Si vous voulez être efficace, informez-vous d'abord sur les catalogues disponibles et sur le nombre de documents par levée (soit le nombre que l'on peut demander à la fois) et sur les heures des levées.  Comme il y aura un délai avant d'avoir un premier document, il vous faut demander tout de suite ce premier document, avant d'avoir une présentation des archives disponibles.

Si vous voulez consulter des registres, trouvez tout de suite la cote dans le catalogue et remplissez la fiche.  Une cote comme 3C123/1 signifie un registre original.  La cote 3C123/1-4 signifie qu'il y a 4 registres et vous devrez préciser lequel, donc parfois consulter un 2e catalogue avec ces détails.  La cote 5Mi123 est un microfilm.  Vous déposez alors la fiche.

Parlez clairement, évitez le joual, mettez-vous dans la tête une fois pour toutes qu'ils ont toujours raison (même si le système est parfois téteux), soyez très poli, et tout devrait bien aller.  Si c'est votre première visite à des AD, mentionnez-le.  Vous susciterez en général de la sympathie grâce à votre accent, on aura tendance à vous donner un bon coup de main, mais on ne fera pas les recherches à votre place.  Essayez d'être diplomate si un problème se pose; attendez un peu pour des trucs moins évidents (par exemple, le jour de mon arrivée, j'étais prêt à payer pour la copie d'un catalogue d'archives mais ce fut un refus sans appel; la semaine suivante, en répétant ma demande auprès d'un autre préposé, on m'a fait une copie de courtoisie avec reliure).

Attendez d'avoir un certain niveau de familiarité avec les préposés avant de leur apprendre à travailler.  Du moins, dites-vous que si vous suggérez une meilleure façon d'organiser les AD (par exemple, que les relevés soient en accès libre comme à Metz), leur première réaction sera que vous voulez leur apprendre à travailler.  Soyez diplomatique et les suggestions se réaliseront peut-être; soyez trop direct et vous sentirez un certain froid.

Une visite au cercle

En France, les sociétés de généalogie sont des associations ou des cercles.  Une visite au cercle de la région qui vous intéresse vous permettra souvent d'heureux contacts et parfois une meilleure interprétation du lieu d'origine ou un coup de pouce si le nom de famille est concentré dans un petit territoire.  Les Québécois sont toujours bienvenus et si vous contactez l'association d'avance, on vous ouvrira souvent les portes en dehors des heures d'ouverture, surtout si vous avez un horaire chargé.

Pour vous préparer

Visitez d'abord le site FranceGenweb.org pour y repérer les adresses des archives et associations des régions à visiter.  Notez les adresses et les horaires.  Si un responsable de l'association est sur Internet, vous pouvez le contacter et demander la permission de visiter la bibliothèque de l'association.  C'est en général assez facile à obtenir, mais les associations n'ont pas toujours des dépouillements en consultation.

Faites ensuite votre planification.  Comme vous devrez peut-être réserver, votre horaire doit être gelé.  Tenez compte des jours de fermeture ou de congé.  Même si le Québec est trois fois grand comme la France, les distances en France sont considérables si vous voulez aller dans une région éloignée.  Ainsi, il y a 1 500 km d'un côté à l'autre.  Les AD peuvent être situées en banlieue ou dans un quartier perdu de la ville.  Il vous faudra parfois prendre un taxi à la gare si vous voyagez en train, ou encore arpenter la ville si vous avez loué une voiture.

Contactez alors les AD.  Vous devez réserver des places en salle et vérifier si elles ont les archives à consulter (comme les archives notariales et la copie des AC).  Écrivez 2 mois d'avance.  Lisez le forum news:fr.rec.genealogie où on annonce parfois des fermetures ou événements spéciaux.

Établissez aussi des contacts sur place.  Par exemple, lancez un message dans le forum news:fr.rec.genealogie où vous indiquerez les journées de votre visite.  Souvent, quelqu'un se portera volontaire pour vous donner un coup de main.

Vocabulaire

 
Français de France Français du Québec
AC Archives communales (situées à la mairie lorsque non transférées aux AD, ou aux archives municipales dans les villes plus importantes, donc dans un autre bâtiment).
AD Archives départementales (situées dans le chef lieu du département).
Association ou cercle Société de généalogie
Consultation libre, libre accès Disponible sur les tablettes.
Dépouillement Répertoire (de baptêmes, mariages ou sépultures).
Filiatif (dépouillement de mariage)  Répertoire de mariage avec les parents.
Office (acte) Acte provenant de l'office d'un notaire.
Permanence Heures d'ouverture de la bibliothèque
Plan (d'une ville, d'une région) Carte routière
Président de salle  Le fonctionnaire responsable de la salle.
Relevé Dépouillement.
Répertoire Liste des items dans un fonds.  Par exemple, la liste des actes d'un notaire constitue le répertoire de ce notaire.
RP Registres paroissiaux.
Salle de lecture Pièce où on peut examiner les documents empruntés.
 


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