Généalogie des Français d'Amérique du Nord

ADN et Généalogie

Principes de base - l'ADN-Y

La généalogie se base d'abord sur les documents. Ainsi, si l'acte de mariage de Albert et Brigitte dit que le père d'Albert est Charles, alors, dans nos bases de données, on inscrira Charles. Mais, il est possible que le père biologique soit plutôt un voisin, un ami, un voyageur, etc.. C'est là toute la différence entre la généalogie et la génétique. En généalogie, on se fie aux papiers, alors qu'en génétique, les informations peuvent être différentes mais se rattachent à la réalité biologique.

L'ADN est le principal instrument pour relier la généalogie et la génétique. C'est un code que chaque personne porte en soi. Chez l'humain, l'ADN comprend environ 30 000 gènes ou caractéristiques répartis sur 23 paires de chromosomes, l'un d'eux étant appelé le chromosome Y. Au fil des millénaires, ces gènes subissent des transformations ou mutations qui permettent de distinguer des familles. Pour ce faire, on analyse un échantillon d'ADN provenant de l'intérieur de la joue et on en extrait un certain nombre de marqueurs. Puis, on compare les valeurs prises par ces marqueurs et on arrive à identifier la signature de la lignée d'hommes (masculine ou patrilinéaire). Pour les femmes, l'ADN mitochondrial (ou ADNmt) joue le même rôle.

L'ADN ne nous dit pas combien de générations séparent deux hommes possédant la même signature. On a alors recours à la recherche documentaire afin de comparer leurs lignées patrilinéaires respectives. La génération où leurs lignées respectives par les pères se croisent pour se superposer correspond à l'ancêtre commun le plus récent (ACPR ou MRCA en anglais, pour Most Recent Common Ancestor).

Si la généalogie ne trouve pas d'ancêtre commun, il y a plusieurs possibilités, qu'on peut résumer à un événement non parental (ÉNP):

  • L'adoption, qui est parfois connue. Pour ne pas alourdir le texte, dans le présent document, nous supposerons que s'il n'y a pas d'ACPR ou si les marqueurs sont différents, il y a eu adoption, mais les autres cas sont possibles.
  • L'enfant né hors mariage ou adultérin. Cette situation est similaire à la précédente. Toutefois, si le père biologique est apparenté au père légal, cet ÉNP peut ne pas être détectable (par exemple, si le père biologique est le père, le frère, le cousin, etc. du père légal).
  • Une erreur dans les actes ou des couples homonymes ou paronymes.
  • Une recherche documentaire fautive.
  • Un ancêtre commun beaucoup plus loin que le début de la lignée trouvée, par exemple les pionniers sont des cousins lointains avec des patronymes différents (la signature pouvant être identique ou presque durant plusieurs millénaires).
  • Le changement de nom ou d'identité (usurpation d'identité).
  • Etc.

Par ailleurs, si on fait un test avec beaucoup de marqueurs, on peut accepter quelques mutations (comme 2 ou 3 marqueurs sur 100). Il faut en tenir compte quand on examine certaines listes de marqueurs.

Si vous n'êtes pas familier avec la généalogie, notez que nos noms de famille datent des années 1300 en général. De plus, il y a eu en Nouvelle-France beaucoup de surnoms et quelques familles ont abandonné le patronyme original pour prendre ce surnom. Parfois, il y a eu deux changements. Ainsi, nous avons successivement les Jarret dit Hugon (France, vers 1500), les Jarret dit Jacquemin (France, vers 1580), les Jarret dit Beauregard (Québec, de 1676 à 1900) et les Jarret dit Vincent (Québec, de 1700 à 1900). Il s'agit ici d'une même famille ayant changé 4 fois de surnom, et les descendants utilisent maintenant Beauregard, Vincent et Jarret, en plus de variations comme Jarest ou Sharray. Mais seulement  10% des Vincent descendent de ces Jarret, les 90% étant d'autres familles. Au lieu d'associer une signature à un nom de famille, il est préférable de l'associer à différents couples rattachés par les lignées familiales, comme dans la présente base de données.

ADNmt

L'ADN-Y discuté plus haut est utilisé pour identifier des lignées masculines (les femmes n'ayant pas le chromosome Y).

Les 22 paires de chromosomes partagées par l'homme et la femme proviennent des deux parents et on ne peut donc trouver de lignée sur plusieurs générations en les utilisant. Au lieu de cela, on utilise plutôt les mitochondries, des micro-organelles transmises par la mère à ses enfants. Un fils et une fille auront donc des mitochondries héritées de leur mère. Les enfants n'héritent pas de mitochondries de leur père biologique chez les humains (mais c'est possible chez certains animaux). Ces mitochondries ayant de l'ADN, on peut les utiliser pour identifier une lignée féminine ou matrilinéaire.

Pour les fins de la discussion, l'ADN-Y sera utilisé comme exemple, mais les concepts sont les mêmes avec l'ADNmt (ou ADN mitochondrial), sauf qu'il s'agit d'une lignée par les femmes et que les noms de famille sont rarement transmis.

La différence la plus importante est sans doute que l'ADNmt ne suivant pas le chemin des noms de famille dans notre culture, si deux signatures sont semblables, alors le risque d'erreur documentaire est faible (mais pas nul). En comparaison, avec l'ADN-Y, si une filiation est erronée (par exemple, le mariage est perdu ou n'indique pas les parents ou s'il y a des couples homonymes), la probabilité est plus forte pour que l'on retombe plus loin sur la bonne famille.

ADN autosomal

Ce concept n'est pas utilisé dans la présente base de données. Il est mentionné afin que vous puissiez comprendre de quoi il s'agit si vous voulez faire tester votre ADN.

Pour certaines analyses, les 22 ou 23 paires de chromosomes sont utilisées. Certains marqueurs sont associés au concept de race ou à certaines régions. En théorie, on peut donc déterminer que telle personne aurait 25% de sang amérindien, c'est-à-dire que 25% des marqueurs sont communs chez les Amérindiens. Certains tests de certains laboratoires peuvent être erronés. Ainsi, on rapporte un cas où certains marqueurs étaient annoncés comme scandinaves par erreur. D'autres marqueurs peuvent permettre de retrouver d'autres membres de la famille quandil y a assez de personnes testées (recherche de parents naturels par exemple). Ainsi, un test à cet effet est appelé Family Finder chez FTDNA.

L'ADN autosomal est utilisé par la police pour identifier un suspect. Il permet aussi de valider si telle personne est parente avec telle autre. Utilisé à des fins médicales, il permet de savoir si la personne testée possède tel gène associé à une maladie. Pour chacun de ces tests, les marqueurs peuvent être différents. Pour le moment, ces données ne sont pas utilisées dans la base de données de la Généalogie des Français d'Amérique du Nord. Toutefois, les couples métis sont indiqués et les couples amérindiens sont conservés dans nos données.

L'ADN peut aussi permettre de détecter certains maladies héréditaires (ou des gènes propices à telle maladie). C'est pourquoi il n'est pas conseillé de publier tous les marqueurs trouvés par tel test. Par exemple, l'ADN-mt contient 3 groupes : HVR1, HVR2 et Coding region. On considère la partie "Coding region" comme privée.

Haplogroupes et SNP

Les fiches familiales avec une signature ADN ont des tableaux comme les suivants.

Auparavant, parlons des coûts. On peut détecter une mutation (SNP), un groupe de mutations ou avoir des statistiques (Y-STR) sur l'ensemble de l'ADN sans savoir quelles sont les mutations. Le moins coûteux, c'est la mesure d'une seule mutation (autour de 15$ chacune chez Yseq.net). Puis, suivent les marqueurs Y-STR, dont le nombre varie selon le prix du test. Finalement, les tests sur un grand nombre de mutations sont les plus coûteux.

Ci-dessous, l'haplogroupe a été identifié de façon précise par la mutation (SNP) la plus récente dans l'ADN-Y. Il était auparavant présenté avec la notation nodale (retirée parce que instable) qui permet de suivre l'évolution dans le temps (la séquence étant, par exemple, E, E1, E1b, E1b1, etc.). La séquence des mutations est connue parce que les porteurs de tel SNP ont aussi celui du groupe précédent par hérédité. Ci-dessous, une personne testée possédait le SNP L793 et une autre avait le L117. Le L117 a aussi la mutation L793, mais on peut avoir la L793 sans avoir la L117. La façon la moins coûteuse de savoir si vous avez la même signature serait donc de faire vérifier la mutation L117 (si vous êtes de la même famille). On ne connaît pas cette mutation au départ. On peut faire soit un grand nombre de tests SNP, soit un test avec beaucoup de marqueurs Y-STR pour prédire quel serait le SNP. Certains peuvent aussi rechercher au hasard parmi les mutations possibles la suivante. Les couleurs sont utilisées à partir de la version 2016 et la notation nodale a été retirée (la référence est trop instable).

ADN-Y calculé (lignée par les hommes) :
Haplogroupe selon SNP : E-L793>L117
DYS393=13; DYS390=25; DYS19=13;

L'haplogroupe peut aussi être estimé par d'autres tests (12 à 111 marqueurs Y-STR). Ici, il s'agit d'une prédiction basée sur des statistiques. Dans les deux cas, si les marqueurs Y-STR sont connus, ils sont affichés après l'haplogroupe.

La notation nodale est utilisée pour s'assurer que différentes mutations sont compatibles entre elles. Ainsi, la mutation E-L117 vaut aussi E1b1b1 en notation nodale alors que E-L793 correspond à E1b1b1b2a1d. On voit que les deux correspondent : E1b1b1b2a1d, la première étant contenue dans la seconde. Cette notation nodale n'est pas stable, toutefois. En effet, on modifie de temps à autre la hiérarchie des mutations et il arrive que cette notation nodale change. Il est donc préférable d'utiliser l'autre format, soit E-L793 dans ce cas-ci.

Si la notation nodale est courte (comme R1b ou J2), cela signifie en général que l'haplogroupe a été estimé à partir des STR, alors qu'une plus grande longueur implique souvent que les SNP ont été recherchés.

ADN-Y calculé (lignée par les hommes) :
Haplogroupe selon Y-STR : R-M269
DYS393=13; DYS390=24; DYS19=14;

Pour s'assurer qu'il n'y a pas d'adoption en cours de route, on doit trianguler la signature, soit obtenir les signatures de deux descendants en ligne masculine (ou féminine pour l'ADNmt). Ces lignées sont intégrées dans la base de données GFAN. Les personnes faisant partie de ces lignées ont un ADN "calculé" (fond vert) alors que les autres ont un ADN prédit (fond jaune) (avec un taux d'erreur autour de 10% pour les descendants modernes, à cause d'adoptions possibles sur une dizaine de générations).

Pour les lignées féminines, l'haplogroupe est obtenu par des SNP affichés comme signature.

ADNmt prédit (lignée par les femmes) :
Haplogroupe : A10
Signature : A73G A235G A263G 315.1C C522- A523- C544T C16223T A16227C C16290T T16311C G16319A T16519C

Par ailleurs, à partir de la version 2016a, des signatures potentielles par convergence ont été ajoutées, ceci dans le but d'intéresser plus de personnes à transmettre leur lignée au projet Héritage français pour vérification ou à faire tester leur ADN. Seul l'haplogroupe est affiché dans ces cas. La fiabilité tient compte du nombre de personnes testées. Dans plusieurs cas, le pionnier n'a pu être identifié et la signature n'a pas été retenue.

ADN-Y supposé par convergence (lignée par les hommes) :
Haplogroupe selon SNP : R-M269>P312>Z220
Fiabilité : 90%

Triangulation ou convergence

Si une signature est obtenue par triangulation, elle vient de 2 personnes testées ayant un ancêtre commun (lignée validée et totalement masculine ou féminine, sauf la personne testée si ADNmt). Dans certains cas, l'ancêtre commun n'est pas identifié, les deux lignées partageant un même patronyme et une origine similaire. Le risque d'erreur est presque nul (le pionnier pourrait avoir adopté deux enfants ayant le même père par exemple).

Si une signature est obtenue par convergence, elle vient de 1 ou plusieurs personnes testées dont nous n'avons pu vérifier la lignée jusqu'au pionnier. Il y a toujours un risque d'erreur, surtout si le descendant a mal fait sa recherche ou s'il y a eu une adoption ou un autre événement non-parental (ÉNP).

En d'autres mots...

Revoyons cela de façon plus technique.

Les marqueurs forment deux catégories, les SNP (single-nucleotide polymorphisms ou changements à un point précis) et les STR (Short Tandem Repeats ou nombre de répétitions de séquences).

L'information obtenue des SNP est résumée dans un haplogroupe. Cet haplogroupe comprend d'abord une lettre. On divise ces groupes en ajoutant des chiffres et des lettres pour former des sous-clades (notation nodale). Pour simplifier la présentation, nous parlerons d'haplogroupes seulement, mais ne soyez pas surpris par d'autres termes comme sous-clade ou subclad que l'on retrouve dans la littérature spécialisée. Avec le temps, certains groupes se sont révélés plus nombreux et on a donc, à des fins d'analyse, des haplogroupes identifiés par une lettre (A, B, C, etc.) et d'autres par un groupe de lettres R1a, R1b, etc.). Ces groupes sont divisés en fonction de mutations dans les gênes. Une mutation peut être rare ou fréquente. On utilise d'abord les mutations rares pour subdiviser les groupes, puis les plus fréquentes. De plus, un haplogroupe est en général une sous-division d'un autre haplogroupe.

Pour l'ADN-Y (hommes), on indique souvent l'haplogroupe sans détailler les marqueurs SNP En fait, il arrive souvent que l'haplogroupe soit prédit à partir des marqueurs STR (voir plus bas) et donc que les marqueurs SNP soient inconnus.

Les haplogroupes Y suivent deux conventions, par mutations successives (SNP le plus récent) et par catégories (notation nodale).

Les Jarret dit Beauregard du Québec ont l'haplogroupe R1b1a2 (notation nodale). Au fil des siècles, il y a donc eu des mutations qui ont fait passer l'haplogroupe par R1b, puis R1b1, R1b1a, etc. Cette énumération de mutations permet de voir qu'un groupe est dérivé d'un autre, mais la chaîne peut devenir assez longue. Un groupe d'experts transforme donc ces chaînes en catégories. Notre R1b1a2 est aussi appelé R-M269 (ou haplogroupe R et mutation M269) et les signatures de cette base de données contiennent les deux formes.

Le groupe P a produit les sous-groupes Q et R. R a formé R1 et R2, puis R1 a donné R1a et R1b. Il y a donc, en plus, une hiérarchie des haplogroupes.

Pour l'ADN-mt, les marqueurs SNP sont affichés, mais il y a aussi 2 conventions, RSRS et CRS (ou rCRS), la forme CRS étant utilisée dans cette base de données. Sur le site FTDNA, la forme RSRS ressemble à A73G et la forme CRS à 73G, mais dans les faits, le préfixe est facultatif et son absence ne signifie pas que la forme CRS soit utilisée. L'ADN est formé de 4 bases résumées par les paires de lettres A et T, C et G. Le préfixe est la lettre complémentaire. La différence entre A73G et G73A est l'orientation de la liaison dans la molécule. 73 est le rang de la paire de bases dans la molécule d'ADN-mt, mais ce rang n'est pas le même dans RSRS et CRS. Si vous voulez faire des comparaisons, vous devez donc vous assurer que tout suit la même convention.

Par ailleurs, il n'est pas nécessaire d'examiner tous les marqueurs SNP pour déduire un haplogroupe. Ainsi, le test Geno2 est basé sur environ 3000 marqueurs mt (qui ne sont pas identifiés) et le résultat est limité aux marqueurs différents des valeurs de référence. Par exemple, si la valeur par défaut est G73A (ou 73A, le préfixe étant optionnel), et qu'on mesure G-A (ou A), on ne verra pas cette valeur dans le fichier de résultats. Par contre, si on a mesuré A73G, le fichier contiendra la ligne 73 G G. Comme on a 22 paires de chromosomes, il y a 2 champs pour la lettre. Dans le cas des chromosomes X et Y chez l'homme, le champ est répété, comme pour le chromosome mt.

La chronologie des haplogroupes est déduite à partir de tests contemporains et des connaissances de l'histoire et des migrations humaines. La datation est donc approximative. De plus, l'ordre dans lequel les mutations se sont produites n'est pas toujours évident. Les sous-groupes ADN-Y sont souvent identifiés par plusieurs mutations possibles. Regardons par exemple le graphique du groupe R sur http://www.isogg.org/tree/ISOGG_HapgrpR.html. La mutation P310 se retrouve sur la ligne suivante :

R1b1a2a1a - L151/PF6542, L52/PF6541, P310/PF6546/S129, P311/PF6545/S128

L'haplogroupe R1b1a2a1a peut être identifié par la présence d'une des mutations L151, PF6542, L52, PF6541, P310, PF6546, S129, P311, PF6545, S128. On pourra donc le résumer par R-L151, R-P310, etc. Note : la notation nodale n'est pas fixe. Elle peut changer quand on déplace des mutations d'une branche à une autre. Ici, elle est utilisée surtout pour comparer les différents tests.

Marqueurs et STR

Les données STR sont relativement indépendantes des données SNP. Il s'agit de deux mesures différentes et il est en théorie possible que deux personnes aient les mêmes marqueurs STR et des données SNP (ou un haplogroupe) différentes. C'est pourquoi ces deux informations sont importantes quand on veut comparer les signatures. On trouvera les marqueurs STR (ou Y-STR) pour l'ADN-Y. Voici un exemple de résultat.

ADN-Y calculé (lignée par les hommes) :
Haplogroupe selon SNP : R-M269>L151
DYS393=14; DYS390=24; DYS19=14; DYS391=11; DYS385=11-15; DYS426=12; DYS388=12; DYS439=13; DYS389i=13; DYS392=13; DYS389ii=30;

Ici, on trouve les données de 12 marqueurs ("DYS385=11-15" signifie DYS385a=11 et DYS385b=15, donc 12 informations). Le nombre de marqueurs et leur choix varie selon le laboratoire. Le site FamilyTreeDNA offre des tests sur 12, 25, 37, 67 et 111 marqueurs. AncestryDNA offrait plutôt 33 et 46 marqueurs (mais ce produit n'est plus disponible) alors que Genebase aurait 20, 44, 67 et 91 marqueurs. Le site ISOGG compare quelques sites.

Il est à remarquer que l'on peut parfois prédire l'haplogroupe à partir des marqueurs STR, mais qu'une erreur est possible. En fait, certains laboratoires ne mesurent pas les SNP et se basent seulement sur les STR. Il existe par ailleurs des tests pour évaluer tel ou tel SNP directement.

Triangulation

À cause des adoptions et autres ÉNP, il y a toujours une possibilité que les marqueurs trouvés ne soient pas ceux de l'ancêtre connu le plus éloigné. C'est pourquoi on essaie de trianguler les lignées, soit de trouver 2 ou même 3 descendants de l'ancêtre commun ayant les mêmes marqueurs. L'ancêtre commun le plus rapproché (ACPR ou MRCA en anglais, pour Most Recent Common Ancestor) est alors le premier ancêtre commun à avoir le même ADN (Y ou mt) que les deux ou trois personnes testées. Si les marqueurs sont identiques, les deux ou trois personnes testées et l'ACPR ont les mêmes marqueurs, de même que les lignées menant de ces personnes à l'ancêtre commun.

Les données sont considérés comme fiables pour les hommes testés, l'ACPR et les hommes dans la lignée entre cet ACPR et les hommes testés. Pour tous les autres (les frères, cousins, oncles, etc.), il y a toujours un risque d'adoption. La fiabilité augmente si on a plus de signatures et si plus de lignées commencent avec des fils différents de cet ACPR. Ceci s'applique aussi aux lignées féminines par l'ADNmt.

Dans cette base de données, les signatures sont identifiées en fonction de la triangulation.

Toutes les fiches entre l'ACPR et les personnes testées ont une identification comme ADN-Y calculé ou ADNmt calculé. Les signatures sont propagées vers les autres familles où la même signature est prédite, s'il n'y a pas d'adoption ou autre ÉNP. Elles sont alors identifiées comme ADN-Y prédit ou ADNmt prédit. Attention : il s'agit de fiches familiales. L'ADN-Y est celui du père de famille (et de ses fils) et l'ADNmt, celui de la mère (et de ses enfants, mais transmis seulement par les filles à la génération suivante).

La plupart des immigrants sont arrivés seuls en Nouvelle-France, Acadie ou Louisiane. L'ACPR est donc cet immigrant s'il a eu plusieurs fils mariés (ADN-Y), ou l'immigrante et ses filles pour l'ADNmt. Si l'immigrant a un seul enfant marié, il faut descendre à la génération suivante ou l'autre qui suit, jusqu'à ce qu'on trouve assez d'enfants pour trianguler. Inversement, si des frères ou des soeurs ont immigré, on peut avoir la signature de la génération précédente, même si dans certains cas, le nom de cette personne est inconnu. Par exemple, des descendants des soeurs Langlois ont la même signature ADNmt, mais on ne connaît pas le nom de la mère de Marguerite Langlois épouse d'Abraham Martin ni de la mère (c'est bien sûr la même personne) de sa soeur Françoise Langlois qui se maria avec Pierre Desportes.

Géographie de l'ADN

L'haplogroupe est souvent utilisé pour évaluer la région d'origine de la lignée en question (il y a 5 000 ou 25 000 ans). Pour bien comprendre ce que cela signifie, il faut savoir comment ces groupes sont formés. Tout d'abord, précisons que les haplogroupes ADN-Y et ADNmt sont indépendants.

Cette carte illustre les haplogroupes ADN-Y (au début) et ANDmt (à la fin) vers 1500 (avant l'arrivée des Européens en Amérique). On y indique la composition de la population à certains endroits. Ainsi, avec l'ADN-Y, dans la population cheyenne (CY) du centre des États-Unis, on trouve environ 75% de A, 8% de B et 17% de C. Au centre de l'Asie, la population SL contient 65% de A, 17% de R1a, etc. En France, c'est 55% de R1b, 25% de I, 10% de R1a, 8% de J et 6% de E3b. On voit donc, d'un côté, qu'un haplogroupe se trouve à plusieurs endroits en proportions variables, et de l'autre, qu'à chaque endroit, la population locale n'est pas uniforme. Par ailleurs, ces chiffres datent de 2005 et sont évalués à partir des graphiques. Les chiffres réels peuvent être différents. De plus, les tests ont été faits dans les années récentes alors qu'on estime la position des différentes populations il y a 500 ans. Il y a donc une partie basée sur des projections.

Les concentrations sont différentes pour l'ADNmt. Les Amérindiens de l'est ont 40% de A, 28% de X, 25% de C, etc. Le même groupe A se retrouve aussi, en quantités moindres, en Asie du centre, dont les Uzbeks. La tendance chez l'humain étant de simplifier, plusieurs confondent les faits. Ainsi, l'haplogroupe A est fréquent chez les Amérindiens mais on le trouve aussi en Asie.

À ce sujet, glissons un mot sur la controverse entourant l'ADNmt de la fille du roi Catherine Pillat, épouse de Pierre Charon (fiche GFAN 812). Son haplogroupe est A10. On voit bien le A typique des populations amérindiennes. Toutefois, A se retrouve aussi en Asie et ce groupe comprend des divisions établies à partir de mutations rares. Ainsi, on a formé les sous-groupes A2 typiquement amérindien, et A10 commun chez certaines populations du centre de l'Asie, populations comprenant certaines tribus qui ont envahi l'Europe il y a plus d'un millénaire. Catherine est issue de ces tribus et n'est pas amérindienne. Sur le site FamilyTreeDNA, une recherche des A10 ne montre que des descendants de Catherine, alors que A2 affiche plusieurs Amérindiennes (projet French_Heritage_DNA) et que les autres groupes A1 et A3 à A9 ne montrent aucune donnée. On peut également voir que les mutations associées aux groupes A10 et A2 sont différentes sur ce tableau. Selon nos recherches, les haplogroupes amérindiens comprendraient, pour l'ADN-Y, P-M45, C-P39 et Q1a, et pour l'ADNmt, A2, B2, C1 et D1 (X a un statut incertain et certains pensent qu'il serait européen).

Limitations de l'ADN

Les marqueurs identiques permettent de regrouper des familles mais ils ne disent pas où le lien se fait. Voir le diagramme qui suit. Prenons trois personnes comme exemple, soit Albert (A), Basile (B) et Charles (C). A et B ont un ancêtre commun (Abraham, né vers 1600) à 10 générations de distance (Abraham avait deux fils, Adam et Bertrand), et des marqueurs similaires (lignes rouges). C a les mêmes marqueurs (ligne verte) mais sa lignée généalogique est différente. Il y a donc de fortes chances pour que la lignée de C comprenne une adoption (ou un enfant adultérin), le père étant de la même famille que A et B. Il est toutefois impossible de savoir qui est le père biologique ou à quelle génération l'adoption s'est faite. Il est même possible qu'il y ait un cousinage par un ancêtre commun vivant avant la migration en Nouvelle-France.

On pourra par contre avoir certains indices. On peut aussi trouver Daniel (D), un cousin de C ayant les mêmes marqueurs que A et B (ligne verte) pour préciser la génération où l'adoption s'est faite, et Ernest (E), descendant du père adoptif (Étienne) ayant des marqueurs différents (ligne violette). Au point F, on déduirait que l'ancêtre de A (André), de B (Bertrand) ou un autre cousin (Henri) serait le père biologique de l'ancêtre de C et de D (ou Cédric), alors qu'au point G, des documents feraient de Ernest, l'ancêtre de E le père de Cédric, ancêtre de C et D.

Pour résumer, les documents nous disent : Abraham est né vers 1600 et a eu deux fils, Adam et Bertrand. Adam est l'ancêtre de Albert, et Bertrand celui de Basile. Abraham est aussi l'ancêtre de Henri. Puis, Étienne, né vers 1650, arrive dans la colonie. Il serait le père de Cédric. Cédric est l'ancêtre de Charles et de Daniel. Étienne est l'ancêtre d'Ernest.

L'ADN nous apprend qu'en réalité, Étienne a adopté Cédric ou encore Henri a sauté la clôture et fait un enfant à la femme d'Étienne (il est en général impossible de savoir ce qui s'est réellement passé). Par contre, Étienne est bien l'ancêtre biologique d'Ernest (pourvu qu'un autre descendant d'Étienne soit testé), alors que Abraham est l'ancêtre biologique de Albert, Basile, Charles et Daniel. L'ADN ne permet pas de savoir qui est Henri, s'il est de la lignée A ou B ou d'une autre lignée.


Bénéfices de l'ADN

Les tests d'ADN sont très populaires chez les Américains. L'absence de données documentaires aussi disponibles qu'au Québec permet d'expliquer en partie cette popularité. De plus, l'anglicisation des noms après l'immigration rend plus difficile la recherche. Le nouveau nom peut être très différent de l'ancien. Si on conçoit bien le passage de Fairfield à Deschamps (champ se traduisant par field) ou de Ashley à Dufresne (frêne se traduisant par ash), par exemple, on a aussi Deshan qui vient de Deschênes, ou encore Sharray, anciennement Charest et Jarret.

Dans d'autres cas, un test d'ADN permet de découvrir une erreur dans la documentation. Ainsi, lorsqu'on a voulu régler le cas de Catherine Pillat et de son haplogroupe A10, on a découvert une autre fille du roi qui aurait eu ce même haplogroupe. Le cas étant tellement rare qu'une étude plus poussée a permis de découvrir la vraie ascendance et qu'elle menait bien à Catherine Pillat elle aussi.

Source et crédit des signatures

Les signatures proviennent en bonne partie du projet ADN Héritage Français qui collectionne depuis 10 ans les signatures ADN en vue de réaliser les triangulations sur lesquelles repose la validité des pronostiques faits par la base de données Généalogie des Français d'Amérique du Nord (GFAN). Au moment de valider votre ascendance à la lumière des prévisions faites à propos de votre ADN par la base de données GFAN, pensez à vous faire tester dans le cadre de notre projet à Family Tree DNA à http://bit.ly/XC6LpM


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